Rallycross Vintage

Avec l’aimable participation de Jacques Privat, Rallycross France vous propose une plongée dans le temps et dans l’histoire du Rallycross!

 

Nous remonterons jusqu’à l’année 2000, que nous atteindrons début septembre…

 

Bon voyage aux passionnés!

 

Reproduction interdite, copyright photos et textes Groupe Michel Hommell et Jacques Privat.

1982

Au rallycross de Condat-Le-Lardin (Dordogne), une petite piste d’aviation jouxtait le circuit de rallycross. Une chance pour l’équipe Politecnic qui connaissait des problèmes de pression d’huile sur le moteur Roc de la Matra de Max Mamers. Michel Jacquier-Laforge a affrété un Cesna pour aller chercher le samedi soir à Grenoble trois courroies de pompe à huile. En regardant sur des photos satellites sur Internet, je me suis aperçu que la piste de rallycross, au sud de Condat-Le-Lardin, partiellement envahie par les petits chênes verts, existe toujours ! De même, la piste d’aviation est encore là. Mieux, elle a été même agrandie.

1981

Le 20 juillet, le lendemain du Rallycross de Condat-le-Lardin, en plein Périgord, Pierre Barbaza et Alain Bernardet réalisent pour la première fois dans la revue Echappement n° 155 de septembre 1981), un essai comparatif de… neuf voitures de rallycross : la Fiat X1/9 de Fiorello Bellina, la Fiat Ritmo d’André Salmon, la Volkswagen Coccinelle turbo du Belge François Monten, la Volkswagen Golf GTi de son compatriote Andy Lasure, la Renault 5 Turbo à moteur… atmo de l’Anglais Ron Douglas, la Saab 99 Turbo du Suédois Göran Johansson et la Porsche 911 SC 3.0 de Raymond Touroul. Je resterai le Lundi pour faire les photos de ces essais. Mais à l’époque, il fallait rentrer impérativement sur Paris le Dimanche soir, pour déposer les pellicules… noir et blanc, plus deux ou trois bobines de diapositives, plus le texte de l’épreuve, tapé sur une bonne vieille machine à écrire portative. Il fallait glisser le tout à 7 h du matin dans la boîte aux lettres d’Autohebdo, au 7 rue de Lille. Françoise Lebreton, qui s’occupait de France Association Rallycross, a rapatrié mes pellicules photos le Dimanche soir, et le texte fut retapé et envoyé par… télex (impossible de trouver un fax à cette époque-là !) à Autohebdo par une secrétaire d’une entreprise locale périgourdine le Lundi midi. Ouf ! On était loin des photos numériques, des e-mails et d’Internet que l’on connaît maintenant… Maintenant, si les internautes n’ont pas les résultats cinq minutes après l’arrivée d’une finale A, la grogne monte… Autre époque.

 

Raymond Touroul était préparateur Porsche à Créteil. Nous avons essayé d’en savoir un peu plus sur sa Porsche. Cette voiture était à la base une Porsche 911 Carrera 3.0 RSR groupe 4 (330 ch/900 kg) que Raymond Touroul avait acheté d’occasion début 1975. Raymond Touroul avec René Boubet comme co-pilote ont gagné de nombreux rallyes avec cette voiture. Mais le 11 novembre 1975, ils ont eu un grave accident au Rallye d’Angers. Écoutons René Boubet : « Nous avons tapé le mur d’un cimetière. J’ai été dans le coma ½ journée et je suis resté amnésique 8 jours. La Porsche ne faisait plus qu’un mètre 20 de large… ». Raymond a gardé cette épave dans son garage avant de la transformer pour le rallycross. Son épouse Maud, se remémore : « Raymond avait une obsession : le poids. C’est pour cela qu’il avait fait un capot avant plat en plastique ». Il a piloté cette voiture de 78 à 82 compris, puis Michel Gambillon l’a achetée pour la saison 83 avant de la vendre à Bernard Preschey en 84. On ne sait pas ce que cette voiture est devenue. Pour votre information, il n’y eu que 56 Porsche 911 RSR 3.0 groupe 4 construites par l’usine en 1974, dont les dernières étaient des versions turbo.

1980

"A Lohéac, on s’est bien engueulé avec Rémy Julienne. Il n’était pas content ! Je me souviens de ce qu’il m’a dit :  d’habitude, on me paye pour faire des tonneaux !"
Pierre Brunetti

Mi-septembre 2007, j’ai rencontré Pierre Brunetti sur le circuit du Lédenon où il courait dans le Trophée Lotus Seven. A 66 ans, il est toujours aussi passionné par le pilotage ! On a immanquablement reparlé de 1980. Un accrochage en Super Finale avec Rémy Julienne à Lohéac le 7 septembre avait suspendu le classement de cette épreuve et par la même, l’attribution du titre de Champion de France : « La FFSA a statué mi- novembre. Je me rappelle. A Lohéac, on s’est bien engueulé avec Rémy Julienne. Il n’était pas content ! Je me souviens de ce qu’il m’a dit :  d’habitude, on me paye pour faire des tonneaux ! Il a essayé de passer à l’intérieur avec son Alpine et il a heurté le talus, partant sur le toit. Il voulait même que je lui paye les réparations… Finalement, on m’a redonné les points de la Super Finale et j’ai remporté le Championnat de deux points devant Roger Chevreton ». C’était la première fois que l’obtention du titre de Champion était suspendue à une réclamation. Plus tard, Pierre Brunetti a rencontré Rémy Julienne. Ils se sont définitivement réconciliés.

 

A l’époque le départ avait lieu au drapeau tricolore et non pas au feu comme c’est le cas depuis quelques années. Les pilotes repéraient le tic des directeurs de courses. Bernard Laburthe dit « Mimisse », avant de lever le drapeau, se penchait légèrement. Un autre pliait le genou droit. Ainsi, à ces moindres mouvements, les pilotes partaient, anticipant quelque peu le départ ! Une fois le manche du drapeau s’est cassé…

1979

"Il y avait encore la sirène et le gyrophare ! Quand j’ai ouvert le moteur, tout était mort."
Gustave Tarrière

Avant d’être organisateur du Rallycross de Mayenne, Gustave Tarrière (photo ci-contre) a longuement couru en courses de côte sur des Alpine A110, notamment sur une fameuse 1300 S Groupe 4, puis en rallycross à partir de 1979. A l’époque les pistes de rallycross n’avaient pas les qualités de revêtement actuelles. Pour ne pas abîmer sa voiture de rallye et de courses de côte, Gustave a donc acheté aux…Service des Domaines au Mans une Alpine A110 1600 S de la…Gendarmerie : « Il y avait encore la sirène et le gyrophare ! Quand j’ai ouvert le moteur, tout était mort. Une bielle était coulée !! Avec Gervais Genest (dit Tonton NDLR) nous avons refait le moteur, puis nous avons reconstruit en polyester toute la partie arrière qui se soulevait d’un seul bloc, un peu comme l’A110 de Bruno Saby. Tiens, à Marville, j’ai rencontré le speaker du rallycross, Michel James. J’ai appris ce jour-là qu’il était de Mayenne. Je ne le connaissais pas du tout ! ». Michel James a été speaker de 1977 à 1986.

1978

Le rallycross français attirait déjà en 1978 de nombreux pilotes étrangers, dont Andy Bentza (Autriche) sur sa Lancia Stratos. Il finira d’ailleurs deuxième au Championnat d’Europe (3 victoires sur 9 manches) derrière le spectaculaire et fameux Martin Schanche (Ford Escort RS)…

Vécu

Après avoir cédé son Alpine A110 1600 Squale à Michel Hommell fin 78 (pour le Volant Autohebdo 1979 remporté par Alain Oger), Bruno Saby a brillé en Championnats de France des rallyes puis en Championnats du Monde. En 1988, grâce à… Michel Hommell, il revient en rallycross sur une Lancia Delta S4. A Savenay, je discute avec lui. Il jette un œil distrait sur la piste. Il voit une Berlinette jaune dans une manche qualificative de Division 3. La conversation s’arrête brutalement : « Mais c’est mon Alpine ! ». Le pilote, Gérard Donnars, a en effet acheté cette voiture début 1980 et il la pilote de temps en temps. Bruno Saby est intéressé pour lui acheter. Le soir même, la transaction est faite ! Pendant plus de 15 ans cette voiture restera telle qu’elle était à Savenay 88, chez lui à Grenoble. Il y a quelques années, Bruno Saby l’a laissé pendant quelques mois chez Michel Tapie, le directeur à l’époque de I.E.M.S., à quelques mètres du circuit de… Rallycross d’Alès-Monteils. Les apprentis mécaniciens de course lui referont sa Berlinette en version 78 ! Bruno Saby la conserve pieusement…

1977

Anecdote de la manche de St Junien

Le 16 Octobre 1977, au rallycross de St Junien, avant dernière épreuve du championnat, le mécanicien de Jean Ragnotti, Pierre Roussel n’a pas pu déceler le problème moteur qu’il y avait sur l’A310 V6 du pilote officiel Renault. Sur place, il a essayé de comprendre pourquoi le moteur ne marchait pas. Il a constaté qu’une soupape était cassée, mais que piston n’était pas gravement touché. N’ayant pas la possibilité d’ouvrir le moteur pour changer la soupape, Pierre Roussel a donc isolé le sixième cylindre en positionnant un tuyau en caoutchouc sur le trou de bougie pour évacuer les gaz vers l’extérieur… Il a neutralisé l’allumage correspondant et bouché les gicleurs du corps des carburateurs afin d’éviter d’injecter du carburant. Le piston se contentait ainsi d’aspirer que de l’air ! Le système a bien marché puisque Jean Ragnotti a remporté finale et Super Finale !

1976

"Un agriculteur, Alphonse Houllier, nous avait prêté son champ. C'était une prairie qu'il utilisait pour le fourrage."
Pierre Tollemer

Pierre Tollemer (photo ci-contre), avec l’Écurie de Bretagne, a été avec Michel Hommel est un des instigateurs du Rallycross. Il raconte ici l’histoire du tracé de Lohéac, première épreuve de la discipline en France et unique course de 1976, qui avait réuni 10000 spectateurs! Avec Jean Ragnotti et Henri Pescarolo sur la piste!

 

« Avec Nina mon épouse, et mes enfants, Nathalie, Pierrick et Philippe, on a tracé la piste avec des piquets. Le terrain se situait non loin de la route de Redon, au Sud du bourg de Lohéac. Bien entendu, on n’avait pas de plan du circuit ! J’ai composé la liste des officiels: je suis allé chercher au Mans des licenciés FFSA qui avait l’habitude de l’autocross. Les quinze jours suivants, Michel Hommell s’était débrouillé pour faire tracer la piste de 850 mètres au bulldozer en respectant notre « piquetage ». Bien entendu, tout le circuit était en terre battue non traitée ! En fait, l’herbe fut simplement poussée par le bulldozer sur les côtés, c’est tout. Le jour de la course, il y a eu plein de poussière. Pourtant la piste avait été arrosée pendant une semaine…Un agriculteur, Alphonse Houllier, nous avait prêté son champ. C’était une prairie qu’il utilisait pour le fourrage. Au cours de la manifestation, on s’est aperçu qu’il n’était pas le propriétaire du terrain, mais qu’il louait simplement cette parcelle… ». C’est pour cela qu’il n’y a eu qu’une seule organisation sur ce premier… champ. »

Résultat de cette première « Super finale » 1976: 1. Guy Deladrière – 2. Kees Hendriks – 3. Christian Alexandre – 4. Henri Pescarolo – 5. M. Langevin – 6. Richard Painton – 7. Mick Bird – 8. Jean Ragnotti.