Auteur de trois victoires la saison passée, le multiple lauréat de la Coupe de France de Division 3 rempile pour une saison complète au volant de son Audi S1.
Nous avons échangé avec lui sur sa longévité et son inusable passion pour le Rallycross.

Christophe, on t’a quitté à Dreux fin 2024 avec une énième victoire en Coupe de France de Division 3. Quel est le secret de cette longévité en haut des classements ?
Christophe : « Le secret de ma longévité ? Franchement, je ne sais pas s’il y en a un. Je pense que c’est surtout le plaisir. Le plaisir d’aller le plus vite possible, de se battre avec les autres pilotes, de faire vibrer mon équipe… Et puis voir Yves et Maxime Meteyer, parfois les larmes aux yeux après une belle victoire, c’est quelque chose. Ce sont les concepteurs de cette voiture incroyable qui, depuis 2004, est souvent tout en haut des classements. D’ailleurs, je crois – sans vouloir m’avancer – que c’est peut-être la voiture qui a signé le plus de podiums depuis sa construction !
Et puis il y a ma compagne et "Lolo", qui me guide dans les moments clés, notamment pour le tour joker – même si, au final, la décision me revient. Il y a aussi tous les fidèles supporters qui me suivent depuis des années, et bien sûr, l’équipe de Gaëtan Sérazin qui prend soin de nous comme personne.
Aujourd’hui, la course, c’est devenu un vrai moment de plaisir, presque une échappatoire au quotidien. Le résultat, bien sûr qu’on vient pour gagner, mais tant que je ramène la voiture entière et qu’on passe un bon week-end, ça me va. Donc si en plus la victoire est au bout, c’est du pur bonheur. Peut-être que c’est ça aussi le message : rappeler aux plus jeunes que l’expérience, en course comme dans la vie, ça compte.»
De quoi est composé ton quotidien durant la trêve ? L’intersaison ne te paraît-elle pas trop longue ?
Christophe : « Mon quotidien, c’est avant tout le travail. J’ai relancé un centre de contrôle technique il y a maintenant trois ans, et l’activité est en pleine croissance. On a même pu recruter l’an dernier, ce qui nous a permis de participer à quelques courses et de bien figurer au classement général – même si ce n’était pas vraiment l’objectif à la base. L’établissement est ouvert de 7h30 à 19h30, non-stop, six jours sur sept. Autant dire que ça laisse peu de place pour autre chose ! L’intersaison passe à une vitesse folle… Et j’ai l’impression qu’avec les années, le temps file encore plus vite.»
Avec trois victoires la saison dernière, tu apparais comme le principal concurrent du triple lauréat Nicolas Beauclé. Le titre est-il clairement ton objectif ?
Christophe : « Le titre, ce n’est pas forcément mon objectif principal. Ces dernières années, Nicolas est clairement le leader, l’homme à battre. Et comme tout pilote, l’envie c’est toujours de se mesurer aux meilleurs. Donc si j’ai l’occasion de le mettre dans mes rétros, je ne vais pas m’en priver ! Ça me rappelle un peu l’époque où Marc Morize était intouchable… Il m’a fallu trois saisons pour enfin décrocher ce titre tant convoité. Cette année, je vais prendre les courses les unes après les autres, sans pression. On fera les comptes à la fin. Ce qui est sûr, c’est que si ça n’empiète pas sur l’activité de mon entreprise, je ferai le championnat complet.»
Ton Audi S1 Sérazin Compétition est très performante. Des modifications y ont-elles été apportées depuis la saison dernière ?
Christophe : « On continue de la fiabiliser au fil des saisons. L’an dernier, on avait renforcé tout le système de direction, et cette année on s’attaque aux trains, car les contacts en course sont plus fréquents qu’il y a quelques années – donc c’est devenu indispensable. On a aussi remplacé toutes les transmissions, qui avaient plus de 20 ans, ainsi que le faisceau électrique, lui aussi d’époque. On fait du préventif, parce que si on veut éviter les pannes en course, il faut anticiper. Là-dessus, j’ai une confiance totale en l’équipe de Gaëtan, ils font un boulot remarquable. J’ai racheté cette voiture début 2010. Elle est passée entre les mains d’Alex pendant trois ans, puis elle est revenue dans mon garage. Depuis, un vrai lien s’est créé autour d’elle, c’est devenu un symbole fort dans notre petite équipe.»
T’arrive-t-il encore de trouver des choses à améliorer dans ton pilotage après toutes ces années derrière un volant ?
Christophe : « Je pense qu’on peut toujours progresser, mais pour ça, il faudrait rouler beaucoup plus. Le souci, c’est que dans ma région, je n’ai aucun circuit à proximité. Du coup, je ne fais quasiment pas d’entraînement, et on arrive souvent à la première course sans avoir pu essayer la voiture. Cette année, je croise les doigts pour pouvoir au moins faire quelques tours sur un circuit, histoire de valider les modifications avant le début de la saison.»
Tes statistiques en Rallycross sont exceptionnelles et, heureusement, ta carrière n’est pas encore terminée. Mais t’arrive-t-il de regarder en arrière ? Avoir un tel palmarès doit être une fierté.
Christophe : « Pour être honnête, je ne fais pas trop attention aux statistiques. On fera les comptes le jour où la passion s’éteindra… ou si je dois m’arrêter par obligation. Cela dit, je suis quand même fier d’avoir été celui qui a réussi à faire tomber l’ogre Marc, et toujours dans un super état d’esprit, avec beaucoup de respect et de sportivité. Peut-être aussi l’un des pilotes les plus âgés en D3 à encore gagner des courses ! Il faudrait un jour faire les comptes, mais je pense qu’on n’est plus très loin des 50 victoires dans la discipline, sans parler des nombreux podiums. Et honnêtement, je pense que je peux encore en ajouter quelques-unes !»
Quel regard portes-tu sur la jeune garde du championnat ? Les Meunier, Lumet, Gouriou et autres, leur niveau t’impressionne-t-il ?
Christophe : « Bien sûr, tous ces jeunes me bluffent, parce que je me revois à leur place, avec le même regard curieux, à essayer de comprendre comment battre les meilleurs. J’ai fait exactement pareil à mes débuts : j’observais les trajectoires, j’étais à l’écoute de tout, je tendais l’oreille pendant leurs discussions… toujours dans l’espoir de choper la petite info qui ferait la différence.»
Qu’est-ce que l’on peut te souhaiter pour 2025 ?
Christophe : « Pour 2025, mon objectif est de passer de très bon week-end sur les circuits en prenant du plaisir et de monter régulièrement sur le podium. Et si on pouvait faire quelque chose pour faire baisser les coûts pour les pilotes, ce ne serait que mieux. Au plaisir de se revoir sur les épreuves !»
